Le Songo

Le 15 février est une occasion pour nous membres et sympathisants de la CamHan de se retrouver en famille à l’occasion de la fête de la jeunesse. Ah, cette fameuse fête avec sa diversité de couleurs, ses kermesses, son défilé, bref son ambiance ! En commémoration de ces souvenirs d’enfance, nous avons au menu, des jeux pour nos enfants et nous même. Et parmi les jeux proposés ce jour, se trouve en bonne place un jeu très prisé chez nous : Le Songo. Car, nous le savons très bien, les activités ludiques occupent une place non négligeable dans la vie de nos peuples. Il (le songo) est un jeu pratiqué au Cameroun et varie selon les races, les ethnies et surtout des différents groupes culturels. La suite vous éclairera sur le déroulement du dit jeu dans les régions du Centre et du Sud du Cameroun. Nous nous réjouirons de voir l’article s’agrandir sur déroulement du Songo dans les autres régions du Cameroun.

Comment se joue le Songo ?

Songo

Songo

Le Songo se joue sur un objet technique appelé « Mbek » (chevalet) de 1 mètre. Un tuyau de 80 à 100 cm de long sur 12 à 15 cm de diamètre est fondu longitudinalement en 2 parties d’égales dimensions. Chacune des 2 parties est divisée en 7 cases d’égales dimensions . Le nombre total de cases du Songo est de 14. Chaque case doit être à mesure de contenir le plus gros poing possible.
Les deux rangées de cases sont terminées aux deux bouts par une longueur de 10 à 15 cm de tuyau ; ceci sera posé sur le chevalet-support (le « Mbek ») ou terrain du Songo qui peut être décoré selon l’agilité de l’artisan.
Les pions sont des grains d’ « Ezaň* ». On dispose au départ du jeu de 5 pions par case ; 70 pions exactement sont indispensables pour une partie de Songo. Les deux adversaires assis face à face déplacent les pions de la droite vers la gauche et à tour de rôle. On ramasse à son compte les pions du côté de son adversaire à partir de la deuxième case à sa droite ; le nombre de pions à gagner est de deux au moins et de quatre au plus.
La partie se termine normalement lorsque les pions restent à neuf. Il peut cependant arriver que ça finisse à plus de neuf pions lorsque l’un des joueurs, ne devant pas doubler de tour de jeu, n’a pas de cas contenant un nombre de pions lui permettant de passer un pion à son adversaire.
La fin de la partie est marquée par une reconstitution du nombre de pions à 5 par case à l’issue de laquelle le vainqueur passe au moins 5 pions à son adversaire. Si l’un des joueurs passe moins de 5 pions à son adversaire ou alors si chaque joueur totalise 35 pions dans sa rangée de cases, il y a match nul.

Quels sont les fondements du Songo ?

A l’analyse du jeu de Songo, il se dégage une réalité : le jeu de Songo a des fondements artistiques, scientifiques, stratégiques et même humains. L’élégance dans la manière de jeter les pions, les chants et anecdotes qui animent le jeu en sont les manifestations de cela. La maîtrise du calcul mental, des notions de logique et des combinaisons linéaires sont des atouts dont il faut disposer pour être un bon joueur.

Les lois du Songo.

Les lois du Songo sont empruntées de beaucoup de fair-play et de respect mutuel au point où le Songo n’a pratiquement pas besoin d’une tierce personne pour assurer l’impartialité entre les deux adversaires.
Le peuple Béti ayant beaucoup de ramifications, l’application des lois subit des variances selon qu’on soit chez les « Bulu », les « Ewondo », les « Eton », les « Bene » etc.

Le vocabulaire du Songo.

Certains mots Bétis sont utilisés au Songo et nécessitent une parfaite compréhension. Ce vocabulaire s’utilise par les deux adversaires pendant la partie.
L’utilisation se fait ici soit pour commenter une action, soit pour expliquer ou surtout pour écraser le moral de son adversaire afin d’avoir un ascendant psychologique sur lui et l’embrouiller. Il faut noter ici qu’une partie de Songo s’accompagne des coups de gueules faits de blagues, d’adages, d’onomatopées et même de chants traduisant la richesse culturelle des Bétis.
Tout ceci s’accepte sans violence physique ou verbale, surtout qu’on accepte jouer avec des gens entre lesquels ces fantaisies sont permises. Il sera ainsi anormal de trouver quelqu’un jouer contre son beau-fils, son père, son patron, etc.…

 

(*) « L’Ezaň » est un arbre des forêts humides. Ses fruits tombent à maturité et libèrent après avoir pourri de graines noires de 1 cm de diamètre. L’amende de ces graines (l’ézezang ou le ndzansang) est comestible et prisée par les cuisinières de poisson frais.

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